L’Hérétique a raison, même si j’aurais à redire sur le coté clivant, pour autant, la tache parait très ardue. Même si il est de qualité, François Bayrou, contrairement à ses adversaires, ne bénéficie par d’un entourage de têtes pensantes extrêmement étoffé, pas de club, de cercles de réflexion ou autres think tank à sa disposition pour l’alimenter en idées nouvelles.

A cela, il faut ajouter la nouveauté de la situation. Jusqu’à présent, ou du moins jusqu’en 2007 compris, les campagnes électorales n’étaient qu’une surenchère de belles promesses dont le mode de financement importait peu puisqu’il était tacitement assuré par le recours à l’emprunt.

Maintenant, et fort heureusement, tout cela est terminé (ou presque), et chaque candidat « sérieux » tente, tant bien que mal, d’introduire dans son projet le rétablissement des comptes publics.

En 2007, François Bayrou était un précurseur et comme beaucoup de précurseurs il a eu raison trop tôt, en 2012 il est par la force des choses rentré dans le rang, rattrapé par les dispendieux paniers percés, et ça lui fait maintenant un élément de différenciation en moins.

D’une manière générale, le contexte exclut les propositions faciles et rétrécit le champ d’action des politiques. Il devient de plus en plus difficile de trouver la martingale, la belle idée qui aura deux qualités, être efficace et pas chère et accessoirement de n’avoir pas déjà été imaginée par ses adversaires.

Or, il reste vraiment peu de place entre un Hollande social démocrate donc très centré pour un socialiste et un Sarkozy qui ratisse tout azimut, à un rythme effréné de surcroit. La situation n’est donc pas simple pour François Bayrou, pour peu qu’elle ne l’ait jamais été dans notre système politique nécrosé au sein duquel un engagement politique digne de ce nom ne se conçoit qu’avec un dossard marqué gauche ou droite dans le dos.

La situation est d’autant moins simple que le contexte de crise dans lequel nous nous trouvons, amène naturellement les électeurs à se rabattre soit sur des votes de contestation radicale, soit sur des valeurs sures, sures non pas parce qu’elles auraient fait leurs preuves puisque ce n’est réellement le cas ni de Hollande ni de Sarkozy, mais parce qu’elles s’inscrivent dans des structures historiques connues et donc rassurantes, des partis de gouvernement qui ont tant bien que mal, dirigé la France depuis 40 ans.

Pour autant, à travers les sondages et autres enquêtes d’opinion, je vois quelques bonnes raisons de ne pas désespérer.

François Bayrou est le candidat qui obtient le plus de bonnes opinion si on croit les sondages, loin devant Hollande et à des kilomètres devant Sarkozy.

Si on en croit ces mêmes sondages comme celui récemment parut dans Paris Match, et dans l’hypothèse évidemment ou il serait au second tour, François Bayrou l’emporterait quel que soit son adversaire.

Plus intéressant encore, selon un récent sondage de BVA, seules 39% de personnes interrogées considèrent que Hollande aurait fait mieux que Sarkozy sur le quinquennat s’il avait été élu en 2007, et vous imaginez si on leur avait posé la question à propos de Ségolène !

D’autres chiffres confirment cette défiance vis-à-vis de François Hollande.

Interrogés sur leurs motivations de vote, 63% de ceux qui souhaitent la victoire de Hollande la souhaite « avant tout parce qu’ils ne veulent pas que Sarkozy soit réélu » et 69% de ceux qui souhaitent la victoire de Sarkozy la souhaite « avant tout parce qu’ils ne veulent pas que Hollande soit élu » !!!!

Le moins que l’on puisse dire c’est que ni l’un ni l’autre ne provoque l’enthousiasme. On est très loin d’un vote d’adhésion !

Une grande partie du vote Hollande ou Sarkozy, pour peu qu’il se confirme, ne serait qu’un vote par défaut !

Certes, on s’en doutait un peu, mais dit avec des chiffres cela devient tout de suite plus clair et surtout cela montre bien toute la place qui reste pour quelqu’un qui saurait allier le meilleur des 2 mondes. Quelqu’un qui saurait se présenter comme une troisième voix crédible entre un « Monsieur incertain » social-démocrate dans un parti qui reste « le seul en Europe à n'avoir pas viré sa cuti Bad Godesberg » (en référence au congrès du même nom au cours duquel les sociaux-démocrates allemands ont décidé d’abandonner toute référence au marxisme) et un « Monsieur Incohérent » (je vous laisse deviner qui est qui) qui « n'a jamais choisi une ligne de politique économique claire » (extraits de l’excellente chronique de Eric Le Boucher dans les Echos).

Pour prendre cette place, je ne suis pas certain qu’il faille franchement cliver mais plutôt rassembler, rassembler les nombreux déçus du sarkozysme et ceux à qui Hollande n’inspire qu’une confiance limitée. Pour cela, il lui faut les idées innovantes et originales que l’Hérétique appelle de ses vœux, mais tout en évitant de partir dans tous les sens dans une course à l’échalote de laquelle tout le monde sortira perdant. Il lui faut s’en tenir à une ligne claire et à quelques idées fortes sur ses thèmes de prédilection comme l’éducation, la recherche et la ré-industrialisation. Il faut montrer la cohérence de l’ensemble et bien expliquer en quoi tous ces sujets sont étroitement liés.

A un moment ou les politiques ont de plus en plus de mal à être crédibles, il lui faut surtout inspirer confiance, confiance en sa capacité à dépasser les clivages partisans, confiance dans sa capacité à être fort devant les crises, confiance en sa rigueur morale, confiance en son sens de la justice et surtout confiance en sa capacité de gouverner malgré son relatif isolement.

C’est cette confiance, ce qui fera que tout à coup, les nombreux hésitants oseront confier à François Bayrou la barre du paquebot France, et qu’ils ne la laisseront pas, à contrecœur, à un capitaine de pédalo « incertain » ou à un capitaine de scooter des mers zigzagant et « incohérent » (la également je vous laisse deviner qui est qui).