Un très bel exemple de la mauvaise foi crasse dont ses opposants politiques sont capables, nous est fournis par le site du Nouvel Obs.

L’article reprend une récente pseudo-étude de Terra Nova « think tank » proche du PS et commanditée par le journal Libération (gage de sérieux et d'objectivité).

Le titre de l’article est déjà, en lui-même, un slogan politique mais avec le sous titre on atteint un sommet de grossière tromperie !

Le titre : Sarkozy, "président des riches" : un bilan sans appel

En sous titre : «Ça n'est pas qu'une image qui lui colle à la peau. D'après une étude de Terra Nova, 84 milliards d'euros ont été versés aux plus aisés en 5 ans. »

C'est parfaitement clair, «Sarko « président des riches » qui a fait 84 milliards d’euros de cadeaux aux plus aisés'' !

Le problème c’est que dans l’enthousiasme provoqué par les conclusions de « l’étude » à charge de Terra Nova, le Nouvel Obs s’est un peu emmêlé les pédales. Pour cela, nul besoin d’aller chercher l’étude en question, il suffit de lire l’article jusqu’au bout pour y trouver : « "Le bilan est sans appel", écrit la fondation (Terra Nova). « Sur les 34 milliards distribués aux ménages, plus de la moitié (54%) est allée aux ménages aisés » !

Ah, donc si je comprends bien, ce n’est plus 84 milliards qui seraient allés aux plus aisés mais 54 % de 34 milliards, ce qui nous fait, si je compte bien environ 19 milliards !

Ca ne fait qu’un peu plus de 22% du montant annoncé en titre !...c’est ce qu’on appelle se foutre du monde !

Bien, maintenant regardons d’un peu plus près ce qu’il y a dans cette fameuse étude ( Bilan Sarko Terra Nova) qui a poussé les socialistes dans une jubilation quasi orgasmique.

D’entrée, la synthèse annonce la couleur (rose). Elle est en 4 points :

1 - Des cadeaux considérables, qui contribuent à la crise de la dette publique française.
2 - Des marges de manœuvre dilapidées dès le début de quinquennat, rendant plus difficile par la suite la réponse à la crise.
3 - Une confirmation : Nicolas Sarkozy, président des riches.
4 - Une surprise : les entreprises, grandes gagnantes du quinquennat.

Je suis d’accord avec les points 1 et 2, qui, pour être honnête, signifient globalement la même chose mais évidemment, plus on en met mieux c’est, quitte à faire de la redite.

La loi TEPA c’est, avant tout, un ensemble de mesures qui étaient destinées à relancer la croissance. Or, en France, lorsque l’on veut relancer la croissance, qu’est-ce qu’on fait, à droite comme à gauche ?... évidemment on distribue du « pouvoir d’achat » !

L’idée était d’une simplicité biblique : on fait des cadeaux qui diminuent de manière conséquente les rentrées fiscales en se disant que ce pouvoir d’achat supplémentaire sera consommé et que l’on obtiendra mécaniquement un retour sur investissement positif grâce au gain de croissance que la consommation de ce pouvoir d’achat supplémentaire va engendrer !

Du Keynes simplifié sinon simpliste ;

Et comme on a fait toute sa campagne sur la valeur travail, on choisit de faire les cadeaux à travers la défiscalisation des heures supplémentaires (qui constituent la moitié du cout total) et accessoirement d’abaisser le seuil du bouclier fiscal et les droits de succession par pure conviction idéologique.

Malheureusement, et comme déjà constaté par beaucoup dont François Bayrou, autant dans certains contextes très précis ce genre de politique peut se justifier, autant dans le contexte de la France de 2007, ce n’est qu’une énorme connerie.

La raison essentielle c’est que le problème de la France ce n’est pas une demande insuffisante ou dit autrement ce n’est pas une consommation insuffisante mais une offre inadaptée. Conséquence, toute distribution de pouvoir d’achat détériore aussi sec notre balance du commerce extérieur. Résultat, environ 44 milliards de déficit budgétaire supplémentaire (sur 5 ans), un déficit du commerce extérieur record (presque 70 milliards en 2011) et une croissance anémique.

Si on ajoute à cette couteuse inefficacité le fait que la défiscalisation des heures supplémentaires qui constitue environ la moitié du cout total de la loi TEPA, a certes donné un peu de flexibilité aux entreprises, mais ne les a pas franchement incité à embaucher alors que le chômage atteint des records, on ne peut pas qualifier l’initiative de particulièrement heureuse.

Cette critique aurait pu suffire à elle seule, mais non, il a fallu que Terra Nova fasse dans la petite critique politicarde à 2 balles que l'on croyait être l'apanage d'une gauche sectaire et de sociologues au parti pris très peu scientifique.

Le point 3 est particulièrement clair : Sarkozy est le président des riches !!!!! et évidemment ce n’est que la « confirmation » de ce que tout le monde savait déjà !

Et pour apporter une caution pseudo scientifique à la chose, on balance des chiffres 9,5 milliards au titre de l’allègement des droits de succession, 2,6 pour le bouclier fiscal, 3,3 pour la réforme de l’ISF et 4,75 pour le crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt immobilier.

Le problème, c’est que Terra Nova qui reprend et confirme comme si c'était une évidence la formule simpliste « président des riches », ne parle ensuite dans son « étude » que de « ménages aisés » !

On comprend bien l’intérêt politique qu’il y a à amalgamer les riches et les ménages aisés. D’ailleurs ne sont-ce pas des notions en grande partie redondante si, comme l’a prétendu Hollande, le riche commence à 4 000 euros par mois.

Prenons le cas du crédit d’impôt sur les emprunts immobiliers qui, en cumulé, a couté 4,75 milliards à la France. C’était une ineptie, certes, je ne reviendrais pas dessus, mais comment peut on laisser entendre que seuls les « riches » en ont profité, soit disant qu'il ne concerne pas les étudiants (sic) !

On tombe sur la tête !....d’autant que ce crédit d’impôt était plafonné à un montant relativement faible (1 500 euros dans le cas standard).

De même, le relèvement du seuil d'imposition sur les successions de 50 000 euros à 150 000 euros concerne effectivement les classes moyennes aisées mais pas les « riches ». Sauf à considérer qu’on est « riche » lorsqu’on détient un patrimoine de 150 000 euros !

L'abaissement de l'ISF au titre de l'investissement dans les PME, présenté également comme un cadeau fait aux riches, n'est pas un cadeau mais une niche fiscale. Il est évident que si on veut orienter l'épargne vers le financement des PME on ne va pas proposer un crédit d’impôt aux smicards qui n’en payent pas !

La vraie question est de savoir si la niche fiscale est globalement efficace pour la collectivité, mais ce n'est pas sur ce critère que la question est abordée mais uniquement sur celui du statut des « bénéficiaires » !

Pas besoin d'en faire une présentation malhonnête et idéologique (ce qui va souvent de paire) pour critiquer le bilan de Sarkozy, celui-ci sur de nombreux points est tout à fait contestable. Au contraire, cette pseudo démonstration, partisane ne fait que démontrer le parti pris et l'ineptie de leurs auteurs et de ceux qui, à travers l'AFP, l'ont reprise goulument....et ça fait du monde !


Ajout du 24/04/2012: Je m'aperçois que le Nouvel Obs à modifié sur le tard son sous-titre pour passer de 84 à 18 milliards. Il n'en reste pas moins que l'erreur est restée plusieurs jours sur le site.