Divulgation prématurée des résultats : juste une question de déontologie !
Par Nicolas le dimanche 22 avril 2012, 11:26 - Humeur exaspérée - Lien permanent
La question s'était déjà
posée en 2007, à l'époque certains blogueurs dont J.M. Morandini, avaient
annoncé qu'ils publieraient dès 18 heures, Dimanche 22 avril, les résultats des
sondages sortis des urnes. En ce qui concerne en tout cas Morandini, ce ne fut
qu'un pétard mouillé.
A la veille de l'élection de 2012, la question est de nouveau posée et là
également, des blogueurs et des medias (Libération)
annoncent qu'ils vont diffuser les estimations dès qu'ils en auront eu
connaissance.
Cette pratique est interdite par la loi pour une raison évidente, c'est
qu'elle ne permet pas de respecter l'équité entre tous les électeurs en
apportant à ceux qui n'auront pas encore voté à 18h00 une information qui
potentiellement peut influencer leur décision.
De ce fait, elle contribue à établir une inégalité de traitement entre les
habitants des grandes villes dont les bureaux ferment à 20 heures et les autres
qui n'ont que jusqu'à 18 heures pour voter. De plus, elle ouvre la porte à
toutes les manipulations puisque n'importe qui pourra annoncer n'importe quoi
pour influer sur le vote des derniers électeurs.
Quand à ceux qui rétorqueront que l'influence de cette publication précoce
serait extrêmement faible et n'influerait pas significativement sur le résultat
final, je répondrais que c'est certainement vrai dans la plupart des cas mais
pas dans tous. Or, si elle est autorisée, la diffusion de l'information sera
systématique qu'elle que soit la situation, voire même réalisée avec encore
plus de publicité si les résultats provisoires sont surprenants. Pas question
de compter sur la capacité d'autodiscipline des blogueurs ni même des medias
plus officiels.
Outre le fameux " droit à l'information ", la raison généralement invoquée
est que ces résultats sont disponibles sur des sites étrangers et qu'il est
donc " aberrant " de maintenir cet " embargo " en France.
Ces 2 arguments me semblent tout à fait irrecevables.
Le " droit à l'information " est le type même de formule tarte à la crème
qui ne veut rien dire !
Brandie comme un étendard des libertés elle est en fait très souvent
utilisée par ceux qui se préoccupent plus de leur propre intérêt financier ou
idéologique que de démocratie.
Certains blogueurs sous prétexte que le web autorise la diffusion facile,
massive et peu risquée de l'information, se croient autorisés à diffuser tout
et n'importe quoi au mépris de la vérité, du respect des autres ou des
lois !
Par l'utilisation abusive qu'ils en font, ces personnes contribuent à
galvauder une notion pourtant essentielle au fonctionnement de la démocratie et
pour laquelle certains risquent leur vie (voir le site de Reporter sans
frontières).
Quant à l'argument le plus souvent invoqué qui consiste à dire que puisque
l'interdiction ne concerne pas les sites étrangers elle ne doit pas s'appliquer
non plus aux sites français, il est également contestable !
Sous prétexte qu'Internet n'a pas de frontière on ne peut pas considérer que
les mêmes lois s'appliquent à tous ! et tant qu'à faire les moins
contraignantes !
Ce n'est pas parce que les sites étrangers ne sont pas tenus de respecter la
loi française, que les français peuvent se permettre de s'en
abstenir.
J'imagine que lorsque les tenants de cette thèse font leurs achats sur
Internet, ils considèrent différemment les sites marchands français des sites
Russes ou Turques tout simplement parce que la législation française offre plus
de garanties que la législation russe ou turque. J'imagine qu'ils sont bien
contents que les sites français respectent la Loi en leur offrant ces
garanties.
La question va d'ailleurs bien au-delà de la diffusion du résultat des votes
avant 20 heures. C'est essentiellement une question de principe et de
déontologie qui se pose.
Sous prétexte qu'il est possible de le faire sans risque, et que les techniques le permettent facilement, on outrepasse la Loi. C'est un peu la même logique que ceux qui justifient le téléchargement illégal. C'est possible, même sans compétence particulière, alors pourquoi s'en priver.
Sans évidemment mettre toutes ces situations dans le même sac, il n'en reste
pas moins que lorsque c'est possible sans risque on trouve toujours de bonnes
raisons pour justifier d'une prise de liberté avec la loi.
Malgré tout, puisque il faut bien être conscient que la situation ne peut
plus être tenable bien longtemps, 2 options sont possibles, soit faire en sorte
que tous les bureaux ferment à la même heure (19heure par exemple) soit,
interdire les sondages de sortie des urnes. Je préfère la seconde solution, car
après tout, le problème vient de là, interdisons ces sondages avant la
fermeture de tous les bureaux de vote et l'équité sera par la force des choses
respectée.