Et qu’un organisme, présidé par un socialiste, et sous la gouvernance de socialistes, donne son aval à la délocalisation de 80 emplois est évidemment politiquement inacceptable. Les pressions qui ont pesé sur ce pauvre Huchon pour qu’il se dédise et remette en cause les résultats d’une procédure pourtant tout à fait légale, ont du être terribles.

Si elle se confirme, cette décision pose plusieurs questions.

Je ne suis pas un spécialiste des marchés publics mais il me semble que, d’un point de vue juridique, revenir unilatéralement sur les résultats d’un appel d’offre qui n’est pas entaché d’un vice de forme est pour le moins discutable. Que la région Ile de France, sous la pression des plus hautes instances de l’Etat, se permette de revenir sur un résultat d’appel d’offre sur la base de motivations purement politiques, me parait guère respectueux de ce que doivent être les bonnes pratiques d’un Etat de droit digne de ce nom.

De plus, même si on peut comprendre l’argument consistant à dire que d’une certaine manière les jeux étaient pipés si on ne fait que comparer les offres financières, l’analyse d’un appel d’offre ne se fait évidemment pas sur cet unique critère. C’est le mieux-disant qui est théoriquement choisi et non pas simplement le moins cher, d’autres éléments entrent en ligne de compte notamment pour s’assurer de la qualité du service. De ce point de vue, la compétition n’était pas inégale.

Et pour peu qu’un autre appel d’offre puisse être lancé, et sauf à ce que les concurrents malheureux améliorent sensiblement leur offre, ce dont on serait en droit de s'étonner, je ne vois pas comment le Stif pourra justifier de faire un autre choix, que son choix initial.

Enfin, cette histoire pose exactement les mêmes questions que pour les centres d’appel des opérateurs téléphoniques. Pour ceux-là, Montebourg, faute de pouvoir imposer aux entreprises privées d’utiliser les services de centres implantés en France, propose de facturer aux consommateurs le cout supplémentaire lié à leur implantation en France.

On comprend bien que la solution ne peut pas être là. Certes sur des services à faible valeur ajoutée et donc à faible qualification, on peut se permettre de renchérir le cout de la prestation, mais ce ne peut pas être, à l’évidence, la solution aux délocalisations.
C’est là aussi mettre un cautère sur une jambe de bois pour faire croire qu’on l’a soignée. Montebourg va t'il imposer à chaque ménage, en échange d’une production française, d'acheter son quota de Renault ou Peugeot, à 1 000 euros plus cher ?...peu probable !

Et comme le dit très bien le Faucon dans son billet sur ce sujet, « ça m’intéresse moyen de voir de l’emploi peu qualifié relocalisé en France, surtout si c'est pour donner au final un service plus cher et de moindre qualité pour le consommateur ».

Dans le cas du Stif, qui supportera le surcout si une autre société est choisie ?... eh bien, c’est le Stif, donc grosso-modo la région, donc les contribuables qui n'ont pas leur mot à dire.

Si à l’arrivée on arrive à sauver 80 emplois, on ne pourra que s’en réjouir, mais ce ne sera en définitive qu’un coup politique qui n’aura fondamentalement rien réglé et qui ne devra son relatif succès qu’au prix d’un joyeux bafouage des principes fondamentaux qui régissent le code des marchés publics et qui doivent permettre « (…) d'assurer l'efficacité de la commande publique et la bonne utilisation des deniers publics. » ou encore la « liberté d'accès à la commande publique et l'égalité de traitement des candidats » (Article 1).

Alors, que l’on fasse évoluer le code des marchés publics, pour y introduire, avec tact et intelligence, des clauses qui ne contrarient pas trop Bruxelles et qui permettent de prendre en compte des critères « sociaux » et « environnementaux » pourquoi pas, mais en attendant, évitons les coups politiques qui discréditent les règles de fonctionnement de nos établissements publics et qui n’ont comme objectif que de faire croire que l’Etat est tout puissant et qu’il règlera tous nos problèmes !