Montebourg piège Hollande à Florange
Par Nicolas le samedi 1 décembre 2012, 11:51 - Humeur politique - Lien permanent
L'agression
de Montebourg vis-à-vis de Mittal, et surtout la menace d'une nationalisation,
même provisoire, de l'intégralité du site de Florange met une extraordinaire
pression sur... François Hollande.
En évoquant publiquement, et avec la fougue dont il est coutumier, la
possibilité d'une nationalisation des activités d'ArcelorMittal à Florange,
Arnaud Montebourg a volontairement jeté un lourd pavé dans une mare si profonde
qu'il n'est plus question d'aller l'y récupérer.
En clair, plus de marche arrière possible - ou du moins plus de choix
possible pour François Hollande qui devient dépendant de la
décision que prendra Lakshmi Mittal. Plus vraiment d'alternative, soit il
approuve le principe de privatisation "temporaire" avec tous les risques que
cela suppose, soit il la refuse et dans ce cas, il se le verra reprocher
jusqu'à la fin de son mandat par tous ceux, et ils sont
nombreux, qui trouvent l'idée magnifique. Sarkozy a trainé Gandrange comme
un boulet pendant 4 ans, grâce à Montebourg, Hollande ne peux pas prendre le
risque de trainer Florange derrière lui pendant...4 ans.
Déjà les syndicalistes, les
élus de Moselle, sans compter le Front de Gauche, lui mettent une énorme
pression pour qu'il s'engage dans cette voie. Une bonne petite nationalisation,
symbole de la toute puissance de l'Etat, vous imaginez comme la tentation est
forte.
Pour Hollande, l'annonce tonitruante de son ministre est un piège dont il
aura du mal à sortir car tout cela ressemble furieusement à une fausse bonne
idée ou selon la manière dont veut le voir, à une vraie mauvaise
idée.
Outre le procédé en lui-même tout à fait contestable qui montre encore une
fois que le gouvernement n'a pas tout compris au fonctionnement d'une économie
mondialisée, les conséquences négatives d'une telle nationalisation sont
potentiellement très nombreuses.
Comment espérer attirer des industriels étrangers si la menace du chantage à
la nationalisation pèse sur eux?
Il y a bien évidemment sa complexité et son coût mais également l'impact sur
l'image de la France qui risque d'en prendre un sacré coup. Comment espérer
attirer des industriels étrangers si la menace du chantage à la nationalisation
pèse sur eux dès qu'ils auront la velléité de vouloir rationaliser leurs outils
de production ?
Il y a également les conséquences sur les autres activités d'ArcelorMittal
en France. Le site de Dunkerque serait directement exposé puisqu'il fournit
l'acier transformé à Florange. Plus généralement il m'étonnerait qu'après un
coup comme celui-ci, Mittal, soit dans de très bonnes dispositions vis-à-vis de
la France dans laquelle il emploie 20 000 personnes.
Il y a enfin, le fâcheux précédent qui aura été créé. Déjà on entend les
salariés du chantier Naval de
Saint-Nazaire qui trouvant l'idée excellente, demandent à en "bénéficier"
également. Demain ce seront ceux de Petroplus puisqu'il semble que
l'hypothétique repreneur Libyen fasse faux bon et puis ceux de Peugeot qui vont
demander la nationalisation de l'usine d'Aulnay, pourquoi pas, on serait
exactement dans le même cas de figure!
Comment alors expliquer à tous ces gens que ce que l'Etat a fait ou s'est
dit prêt à faire pour Florange, il n'est pas prêt à le faire pour
eux ?
Jusqu'à présent le Gouvernement pouvait se contenter de ne pas faire de
promesse en laissant sous-entendre que la gestion des entreprises n'était pas
de son ressort. Après la déclaration de Montebourg, il n'aura pas besoin
d'avoir fait une quelconque promesse pour qu'on lui reproche de ne pas avoir
sauvé les emplois en nationalisant. Sur le plan politique c'est évidemment
beaucoup plus difficile à gérer et je ne suis pas certain qu'Hollande ait
vraiment besoin de cela.
Cette menace de nationalisation n'aurait dû rester qu'un énorme mais discret
bluff. Il eût fallut utiliser la menace auprès de Mittal, en espérant paraître
assez convaincant pour que celui-ci fasse marche arrière sur la fermeture des
hauts-fourneaux. Même dans le cas ou Mittal n'aurait pas cédé sur les
hauts-fourneaux, le gouvernement aurait probablement pu obtenir des concessions
sur d'autres points.
Cette menace de nationalisation n'aurait dû rester qu'un énorme mais discret
bluff.
Au lieu de ça, tout à son souci de se mettre en avant, de prouver que l'Etat
est tout puissant et qu'il ne reculera devant rien pour sauver Florange, Arnaud
Montebourg a hyper-médiatisé l'option, s'interdisant par là même de faire
marche arrière. Pire encore, quoi qu'il advienne de ce dossier, il a imposé la
nationalisation sanction comme une option possible et sérieuse. Et ça personne
ne l'oubliera - ni les salariés, ni les investisseurs étrangers.
François Hollande peut remercier son ministre du Redressement Productif: il
l'a mis dans une très mauvaise situation.
L'actualité va vite (Ce billet a été écrit hier avant la décision du
Gouvernement de renoncer à la nationalisation) et elle peut très vite
contredire les propos du blogueur. En l'occurrence et évidemment en toute
modestie
j'aurais tendance à penser que le développement de l'actualité
confirme pleinement mon propos. On s'aperçoit que le gouvernement ne tenait
absolument pas à nationaliser, pour les raisons que j'ai évoquées, et on
s'aperçoit également, comme je l'ai également écrit, que cette idée a fait
naitre de faux espoirs qui ont été déçus. Déjà les salariés et les syndicats
crient à la
trahison et gageons que le Front de Gauche va s'emparer de l'affaire pour
répéter que ce gouvernement n'a décidément pas de c......
Commentaires
Mis à part le fait de demander à Mittal de quitter la France ... ce qui je te l'accorde était pour le moins une gaffe. Je' ne trouve pas que nationaliser Florange était si bête que cela. Nous avons besoin d'acier en France. Faudra-t-il l importer ? L'ennui serait de nationaliser sans persperctive d'avenir ... Montebourg avait il un projet ? ou se donnait-il du temps pour éviter une masse d'inscriptions au chomage ? Maintenir une industrie chancelante nous couterait bien plus cher que de payer des chomeurs à ton avis ? Et pour ces hommes garder un emploi même protégé n'est il pas préférable ?
L'ennui c'est encore une fois toujours ce court terme jamais prévoir, jamais s'adapter, jamais former. Alors il faut agir dans la précipitation c'est pas toujours heureux je te le concède. Mais, selon moi, sur ce dossier Montabourg avait raison.
A suivre ...
Bonjour Signora,
On a surement besoin d'acier en France mais ce n'est pas à l'Etat de le produire. Si on suit ton raisonnement l'Etat serait encore à produire du charbon et des voitures.
Non, Montebourg avait tort, essentiellement pour 3 grandes raisons : La première c'est que nationaliser c'est exproprier quelqu'un avec ou sans dédommagement (en l'occurrence avec) et que l'Etat ne peut se permettre d 'exproprier qu'avec de très bonnes raisons.
Soit parce que le propriétaire le veut bien ou que l'entreprise est de toute façon en quasi-faillite et que l'Etat considère qu'il pourra faire mieux qu'un entrepreneur privé (cas d'Alsthom) soit pour sanctionner (cas de Renault) soit parce qu'il considère qu'il en va de l'intérêt supérieur de la France (cas éventuellement des banques).
Tous ces cas sont évidemment discutables, il n'y a rien d'automatique. Mais en l'occurrence on est dans aucun de ces cas là.
La seconde, c'est que, quoi qu'on en pense, c'est le droit de Mittal de fermer ces usines non rentables, tout comme cela a été le droit et la responsabilité des dirigeants de PSA de fermer le site d'Aulnay. Lui reprocher est tout aussi stupide que de vouloir interdire les licenciements. En tout cas, rien ne justifie qu'on le sanctionne pour cela.
La troisième c'est que pour les raisons que j'évoque, c'est à la fois un mauvais symbole et un mauvais précédent. Les conséquences négatives sont multiples et sur le long terme en contrepartie d'un résultat pour le moins douteux. Ce n'est pas parce que les hauts-fourneaux vont changer de main qu'ils retrouveront leur rentabilité. Certes un concurrent aurait pu être intéressé (en l’occurrence il semble que le repreneur ait été bidon) mais ce n'aurait pas été par les hauts-fourneaux mais par l'activité de transformation que Mittal n'avait de toute façon pas l'intention de fermer.
Bonjour à toi aussi,
Je maintiens que Montebourg avait raison.
De plus, il n'était pas question d'une nationalisation définitive, mais temporaire. Et, oui, je crois que c'est le rôle de l'état de garder sur le territoire français une industrie certes vieillssante mais qu'il faut soutenir et réorienter.
Ecoute les propos de Guaino ce matin sur RMC ...
Si j'ai bien compris il pense que Mittal envisage sur le moyen terme d installer hors de France et même hors de l'Europe ce type d'industrie. C'est sans doute le risque de la mondialisation, mais devons nous nous laisser faire ?
C'est bien la première fois que je me trouve entièrement d'accord avec son propos. Il me semble qu'à droite Montebourg était soutenu par Guaino, Borloo et Breton ... Pas des idéologues mais bien des hommes de terrains. non ?
Chère Signora, je crois qu'on ne réussira pas à se mettre d'accord sur ce sujet.
Je persiste à considérer, plus que jamais, que Montebourg avait tort. Il a fait monter en neige une fausse solution mais une vraie illusion. En cela c'est une grosse faute politique.
La nationalisation est un non sens lorsqu'il s'agit de tenir à bout de bras hors de l'eau une industrie qui n'est pas viable. Or les hauts fourneaux de Florange n'ont aucun avenir. Il y en a trop, beaucoup trop en Europe, beaucoup sont déjà à l'arrêt et ceux de Florange sont particulièrement mal positionnés car anciens et géographiquement loin d'un port.
Au temps d'Arcelor il était déjà en projet de les fermer.
D'ailleurs il n'y a pas de repreneur pour ces hauts-fourneaux, c'est pourquoi s'il y avait eu nationalisation uniquement des haut-fourneaux elle n'aurait pas été temporaire et l'Etat se serait retrouvé coincé avec un cet énorme boulet. Certes la nationalisation de toutes les activités de Florange, aurait peut-être pu trouver preneur, mais à quelles conditions ? Combien de temps crois-tu qu'un Russe aurait gardé la partie haut-fourneaux en activité ?
L'accord a le mérite de sauvegarder les emplois, c'est l'essentiel et ça aurait du être suffisant. Malheureusement, et c'est le thème de ce billet, avoir présenté la nationalisation comme une alternative possible a fait que personne ne peut plus être satisfait.
Les derniers événements confirment d'ailleurs tout à fait mon propos, tout le monde braille contre le Gouvernement au lieu de considérer que l'essentiel est assuré.