L'argument du droit à l'amour

J'écarte d'entrée le message véhiculé par tous les témoignages d'homosexuels consistant à dire : voyez comme on s'aime, voyez comme c'est beau, pourquoi ne pourrions-nous pas affirmer et vivre pleinement notre amour à travers le mariage ?

Je l'écarte pour 2 raisons, tout d'abord parce qu'historiquement le mariage n'est pas fait pour affirmer son amour, c'est avant tout un engagement contractuel dans la durée. Pendant très longtemps, cet engagement été uniquement guidé par l'intérêt et si, de nos jours, on ne le conçoit pas sans amour, tant mieux, mais nul part on trouve l'amour comme critère d'admission au mariage.

La seconde raison, c'est qu'il y a bien d'autres manières d'affirmer son amour pour quelqu'un que de se marier. D'ailleurs personne ne se hasarderait à affirmer que les couples non mariés, et il y en a de plus en plus, sont moins amoureux que les autres.

L'argument de l'égalité des droits devant le mariage

C'est celui-ci que l'on nous assène le plus souvent, de manière plus ou moins explicite.

Or de quels droits parle t'on ?

Chacun a le droit, s'il respecte les conditions requises notamment de ne pas déjà l'être (polygamie) et d'avoir l'âge minimum, de se marier avec une personne de l'autre sexe. Le droit dit expressément que " Le mariage n'est pas possible entre personnes de même sexe ". Vis-à-vis du mariage, chacun pris individuellement a bien les mêmes droits.

C'est donc d'un pseudo droit du couple dont on parle. Un couple homosexuel devrait avoir les mêmes droits qu'un couple hétérosexuel. Or, ce droit n'existe pas en tant que tel. D'ailleurs on voit bien que tout reposerait alors sur la définition du couple. Si 2 personnes qui vivent " en couple " peuvent être considérées comme un couple et en conséquence doivent pouvoir bénéficier des mêmes droits que les autres couples, on peut aller très loin. Qu'est-ce qui m'empêche de me déclarer en couple avec ma grand-mère voire mon grand père et demander au nom de l'égalité des droits à pouvoir me marier avec pour bénéficier d'avantages fiscaux ou autres ?

L'argument du droit à l'enfant

Le droit à l'enfant n'existe pas et tant mieux.

Le droit à l'adoption existe, et il est actuellement ouvert, sous certaines conditions, aux couples hétérosexuels et aux célibataires. En ce qui concerne les célibataires, mon point de vue est que c'est pour le moins discutable. Rappelons quand même que la possibilité de l'adoption par des célibataires est liée aux circonstances historiques exceptionnelles d'après guerre, à un moment ou les hommes étaient moins nombreux que les femmes, et le nombre d'orphelins très important.

Pour autant, de nos jours, il y a largement plus de postulants à l'adoption que d'enfants à adopter. En conséquence, de deux choses l'une.

Soit les couples hétérosexuels seront systématiquement privilégiés et dans ce cas, ce ne pourra que créer une immense frustration pour les couples homosexuels et constituerait de fait une réelle discrimination.

Soit, les couples homosexuels seraient en concurrence avec les couples hétérosexuels et pourraient adopter au détriment des premiers. Et là, je crains que ça ne crée des tensions d'autant que les psychologues sont très partagés sur le sujet de l'adoption par 2 personnes du même sexe.

La question de " l'adoption " des enfants de l'autre membre du couple se pose différemment.

L'argument de la sécurisation de l'enfant

Permettre à la compagne d'une mère ou au compagnon d'un père qui, dans les faits, co-assure déjà d'éducation d'un enfant d'en assumer à égalité l'autorité parentale, a effectivement beaucoup de sens.

Mais de quelles situations parle-t-on ?
Si on fait fi des enfants obtenus illégalement par la PMA à l’étranger ou ou pire encore par la GPA à l'étranger également, cet argument ne vaut pleinement que dans le cas, qui n'est pas spécifique aux homosexuels, de familles recomposées. 2 hommes ou 2 femmes se mettent en couple alors que l'un(e)et/ou l'autre a déjà des enfants.

Or, assez généralement me semble t'il, un enfant a un père et une mère biologique. Même quand ceux-ci sont séparés, ils sont sensés assumer conjointement l'autorité parentale. En conséquence, ce n'est pas parce que l'un des parents se remet en couple, que son nouveau " conjoint " pourra se substituer pleinement à l'autre parent. Le mariage de son père ou de sa mère avec un autre homme ou une autre femme ne changera rien du tout à sa situation juridique. En conséquence on peut très bien rétorquer à cet argument que si on ne permet pas à un couple homosexuel d'adopter (ou PMA), il n'y a pas de problème et que de toute façon, la question se pose exactement de la même manière pour les couples hétérosexuels (re)mariés ou non.

A priori, les cas d'adoption par un conjoint au détriment de l'autorité parentale d'un des parents biologique devraient être extrêmement rares.

Et à ces situations que connaissent beaucoup de familles dites recomposées, il y a déjà des réponses d'apportées ou d'imaginées qui doivent s'appliquer que le couple soit marié ou non.

Notamment le statut dit du " beau parent " défini par la Loi de 2002 sur l'autorité parentale. Dans certaines conditions, dont celle notamment d'avoir reçu l'accord des parents biologiques, une délégation, totale ou partielle, de l'autorité parentale peut déjà être attribuée au tiers "qui réside avec l'enfant et l'un de ses parents et a noué des liens affectifs étroits avec lui".

En 2009 un avant-projet de Loi " relatif à l'autorité parentale et aux droits des tiers " destiné notamment à simplifier et compléter cette loi a fait l'objet d'une large concertation ...et de vives polémiques.

A ma connaissance, le sujet n'est pas clôt mais ce que j'en retiens, c'est qu'il y a d'autres moyens que le mariage qui doivent permettre de reconnaitre et de faciliter le rôle de co-éducateur du compagnon ou de la compagne d'un parent.

L'argument de la sécurisation des membres du couple

C'est peut-être l'argument le plus fort. Permettre à 2 personnes qui décident de s'engager ensemble de sécuriser juridiquement leur couple surtout en cas de décès d'un des deux membres, est important.

A cela je répondrais pourtant comme sur le point précédent, ce besoin il est le même pour les couples mariés que pour les couples non mariés qu'ils soient hétérosexuels ou homosexuels. Il existe donc des solutions et si elles ne sont pas satisfaisantes, au nom de l'égalité également, on doit en trouver qui n'imposent pas le mariage aux deux membres du couple.

L'argument ça existe ailleurs pourquoi pas chez nous

Pas grand-chose à dire la dessus sinon que le fait qu'il y ait un précédent ailleurs ne justifie absolument pas que l'on en fasse autant.

L'argument c'est un progrès pour la société ou de toute façon ce n'est qu'adapter le droit à l'évolution de la société

La notion de progrès est évidemment tout à fait subjective. En cela, elle ne peut constituer un argument recevable. Et contrairement à ce que veulent laisser croire certains partisans du mariage pour tous, il n'y a pas d'un côté les gentils progressistes qui le demandent et de l'autre les affreux conservateurs voire réactionnaires qui le refusent.

En conclusion, l'institution du mariage existe depuis des siècles (220 ans en France pour le mariage civil) et telle qu'elle est définie elle suppose obligatoirement la participation d'un homme et d'une femme c'est-à-dire d'un couple hétérosexuel. Les homosexuels demandent à vouloir être intégrés à cette institution, la question est donc, faut-il ou non répondre positivement à leur demande...et non l'inverse.

Je ne vois pas d'argument absolument irréfutable qui rendrait la réponse évidente, ni au regard du droit, ni de la justice, ni de la morale.

A partir de là, c'est à chacun de la considérer sur la base de ses propres considérations, religieuses ou autres.

Pour ma part, je comprends que les homosexuels tiennent à avoir la possibilité de se marier car cela constitue une reconnaissance claire de la société vis-à-vis de leur forme de couple. Même s'ils ne font pas le choix de se marier, ils auront le sentiment d'être traités comme n'importe quel couple, sans différenciation. Ce sera également une manière pour la société d'affirmer haut et fort que l'homosexualité n'a rien " d'anormale " ce qui peut sembler une évidence pour beaucoup mais malheureusement pas pour tous. J'aurais eu à voter, j'aurais voté pour, avec quelques réticences en ce qui concerne l'adoption, mais qu'on arrête de culpabiliser ceux qui font un autre choix, sur un tel sujet toute opinion mérite respect.