Il était pourtant bien seul à envisager un taux aussi élevé. Depuis le départ, le FMI, la Commission européenne, l’INSEE et la grande majorité des économistes qualifiaient ce pronostic au mieux d’optimiste, au pire d’inconsidéré. Mais que valent ces avis d’experts face à la volonté politique.

Il faut dire pour sa défense qu’élaborer un budget sur la base d’un taux de croissance volontairement gonflé est une habitude depuis des années. Même Christine Lagarde en son temps s’y était systématiquement employée.

C’est d’ailleurs fort pratique lorsqu’on établit un budget, de s’appuyer sur des hypothèses de croissance hautes puisque cela permet de gonfler proportionnellement les prévisions de recettes et donc de faciliter les nécessaires arbitrages entre les nombreuses dépenses.

Le problème pour François Hollande, c’est que la situation de la France n’est plus celle d’il y a 10 ans, époque ou dans une insouciance généralisée, on pouvait se permettre de creuser le déficit faute d’avoir correctement estimé les recettes à venir.

Le problème, c’est que toute la politique de François Hollande depuis son arrivée au pouvoir a été basée sur ce seul chiffre de 0,8%. Pire encore, au cours de sa campagne et sur la base d'un taux de croissance irréaliste, François Hollande avait découpé son quinquennat en 2 temps, Le premier serait « celui des réformes structurelles » pour « redresser le pays » et le deuxième permettra d'aller « plus loin dans la redistribution ».

Ce cadencement, il l’a même confirmé lors de conférence de presse de Septembre 2012.

Penser qu’un demi quinquennat puisse suffire pour que des réformes structurelles, déjà insuffisantes, permettent de redresser le pays et nous redonnent les moyens de repartir comme en 14 était déjà un leurre avec un taux de croissance de 0,8% en 2013, cela devient inimaginable avec un taux de 0,1. D’autant plus que les dernières prévisions pour 2014 ne donnent que 1,2% pour la France (contre 1,6% pour l’ensemble de l’Union Européenne) ce qui permettra peut-être d’atteindre les 3% de déficit mais certainement pas d’inverser la courbe du chômage.

Or, c’est bien sur ce point que François Hollande est attendu par les français.

Même si on peut comprendre ses motivations, François Hollande a pris un gros risque en annonçant une amélioration significative de la situation en si peu de temps. Il devra maintenant expliquer aux français que le déficit ne sera pas ramené à 3% mais qu’il oscillera entre 3,5 et 4%, que la courbe du chômage ne s’inversera pas en fin d’année 2013 ni même peut-être en 2014 (on considère qu’il faut entre 1,5 et 2% de croissance pour faire baisser le chômage significativement), et que les mesures de réductions des dépenses publiques ne suffiront pas…et ce, 6 mois seulement après annoncé le contraire.

Pas facile sans passer au mieux pour un incompétent, au pire pour un bonimenteur !