L’indécence tient à cette manière qu’ont certains de se ruer sur l’occasion pour se présenter comme des parangons de vertu. L’indécence tient à cette manière qu’ils ont d’utiliser les défaillances coupable d’un homme pour tenter d’en tirer un profit politique.
L’indécence tient enfin à cette manière d’hurler avec les loups pour achever un homme à terre comme pour s’assurer qu’il sera bien puni à la hauteur de son méfait et de ses mensonges à leur égard.

Mais il y a plus grave encore, c’est le risque d’amalgame et de généralisation que font peser les réactions des politiques eux même sur toute la classe politique.

Lorsque Jean-Luc Mélenchon, tout en nuances comme d’habitude, traite Cahuzac de « salaud » et surtout lorsqu’il insinue ouvertement que celui-ci a été protégé par son entourage politique et parle de « copinage généralisé ». Il jette la suspicion sur tout le PS et à travers lui sur toute la classe politique qui savait mais n’a rien dit.

Lorsque Jean-François Coppé, tout en nuance également, appelle à la démission de Pierre Moscovisci et accuse François Hollande d’avoir soit fait preuve de « candeur », soit « menti », il jette la suspicion sur tout l’exécutif et à travers lui sur toute la classe politique qui savait mais n’a rien dit.

Lorsque Noel Mamère, et sous prétexte qu’il aura nommé Jérôme Cahuzac à la Présidence de la Commission des Finances de l’Assemblée, prétend que Nicolas Sarkozy connaissait le passé de Cahuzac « et les conflits d'intérêts dont il était l'objet », il jette le discrédit sur l’ancien chef de l’Etat et à travers lui sur toute la classe politique qui savait mais n’a rien dit.

Marine Le Pen ne dit pas autre chose. Pour elle, ça ne fait pas l’ombre d’un doute, François Hollande savait que son ministre détenait des comptes en banque à l'étranger depuis « quelques semaines au moins ».

En cela tous ces gens rejoignent le discours habituel du Front National qui par la voix de sa présidente trouve dans cette affaire un prétexte pour répéter qu’il y a « un vrai problème de moralité dans la vie politique ».

En fait, Hollande savait-il ou ne savait-il pas, Sarkozy savait-il ou ne savait-il pas, le PS aurait-il protégé un de ses membres éminents, tous ces gens n’en savent rien, mais peu importe au fond. L’important c’est bien de profiter de l’occasion et d’utiliser cette affaire pour accabler ses adversaires politiques. Calomniez, calomniez il en restera toujours quelque chose aurait fait dire Beaumarchais à son Bazile du Barbier de Séville. C'est l'idée, on insinue que tous savaient et qu'ils n'ont rien dit, qu'ils ont protégé le fraudeur dans une unanime et complice solidarité de caste.

On peut être effectivement certain qu’il restera quelque chose de cette malheureuse affaire. Deux choses, plus précisément. Tout d’abord à la prochaine enquête d’opinion sur les hommes politiques, le pourcentage de ceux qui considèrent qu’ils sont pour la plupart corrompus, va faire un bond prodigieux. Rappelons que nous étions déjà 62% à le penser en début d’année.

Ensuite, et en conséquence sur un plan plus politique, ce sont les populistes, chantres du « tous pourris » et du « qu’ils s’en aillent tous » qui risquent de bénéficier du rejet massif d’une classe politique qui n’aura pas compris qu’elle est mise dans un même sac pour le meilleur et surtout pour le pire.