Combien de lois ont été votées dans la précipitation, uniquement pour répondre aux attentes impatientes de l’opinion. Combien de décisions ont été prises uniquement pour que leurs éphémères effets soient immédiats et visibles avant une échéance électorale. A contrario combien de décisions difficiles n’ont pas été prises parce que leurs effets positifs ne se seraient fait sentir qu’après la fin d’un mandat. Avant que son Agenda 2010 ne produise ses effets et soit reconnu comme l’initiateur du renouveau de l’économie allemande, Gerhard Schröder a eu largement le temps de se faire virer de son poste de Chancelier.

Combien de personnes s’imaginent naïvement, parce qu’on leur a laissé croire, qu’une réforme importante doit avoir des effets immédiats. Combien s’imaginent que le chômage peut durablement être résorbé sans un long travail de fond préalable sur ce que doit être l’Etat providence, sur l’organisation de l’Etat, sur le marché du travail, sur la formation professionnelle, sur la recherche ou sur la fiscalité des entreprises. Une bonne politique nécessite du temps. Elle nécessite en corollaire de se projeter sur une échéance à au moins 5 ans. C’est d’une certaine manière le fameux cap de François Hollande.

Dans notre cinquième république, c’est au Président de la République de fixer les grands objectifs à moyen et long terme, c’est à lui d’exprimer au cours de la campagne présidentielle vers où il veut amener la France et comment il veut y aller. Lors de sa campagne, François Hollande s’est contenté d’un agenda approximatif. Quelques vœux pieux, 2 ans d’efforts et le reste du quinquennat pour profiter du fruit de ces efforts. C’était bien évidemment très insuffisant et d’un optimisme trompeur.

En demandant à ses ministres de se projeter dans l’avenir, François Hollande leur demande de se livrer à un exercice essentiel qu’il aurait du assumer lui-même et bien avant. De plus, en exigeant qu’ils s’y prêtent pendant leurs courtes vacances il dévalorise ce qui devrait être l’acte fondateur de tout mandat présidentiel.

Enfin, sous prétexte d’une échéance lointaine il s’expose à n’obtenir qu’une description idéalisée du monde rêvé par chacun et accessoirement de mettre en valeur des différences essentielles de points de vue au sein de son gouvernement.

Que va donc faire François Hollande des devoirs de vacances de ses ministres ? les assembler façon puzzle pour en faire un mauvais tableau de la France en 2025 ? L'oeuvre collective risque de manquer d'harmonie et toute façon c'est trop tôt pour la prochaine campagne présidentielle et trop tard pour la précédente.