Et pourtant !

Dire que cet homme a un lourd passé judiciaire est un euphémisme.

Avec 33 procès depuis 20 ans qu’il est en politique, Berlusconi détient certainement le record de tous les temps pour un homme politique européen.

Il a été accusé de tout ce dont un politicien homme d’affaires (sans jeu de mots) peut être accusé : Corruption, fraude fiscale, faux en bilan, abus de biens sociaux ou encore financement illicite de parti politique. Il a plusieurs fois été condamné en première instance, mais a toujours été relaxé en appel ou a bénéficié de la prescription, à croire que la Justice italienne s'applique à tous les italiens sauf à lui. Jusqu’en Aout de cette année ou la Cour de cassation a confirmé de manière enfin définitive la condamnation à la prison dans l'affaire Mediaset, affaire dont le premier procès date quand même de 2005.

Peine de prison, que Berlusconi n’imagine pas un seul instant subir car il est évidemment inconcevable que l’on puisse « casser la liberté d'une personne qui est en campagne électorale » !...ben tiens !

Et cet homme ne doute de rien puisqu’au cas où la Justice aurait des velléités de faire appliquer sa sentence, « (…) il y aura une révolution en Italie » ….rien de moins !

Et je n’évoque même pas la dernière histoire en date, dite Rubygate, pour laquelle il a quand même été accusé d’incitation à la prostitution de mineur et d’abus de pouvoir, et condamné à 7 ans de prison. Mais sur cette histoire faisons lui confiance pour faire trainer la procédure judiciaire encore bien longtemps.

Pire encore, cet homme n’a jamais hésité à profiter ouvertement de son mandat politique pour se protéger de la Justice.

En 2008, il a l’impudence de faire voter une loi lui octroyant l’immunité judiciaire tant qu'il occupera la fonction de président du Conseil. En 2009, il propose une loi prévoyant de raccourcir la durée des procédures judiciaires à six ans sous peine d’abandon des poursuites. En 2010, et toujours sous son instigation, il fait voter une loi qui fait reporter de 18 mois tous les procès qui lui sont intentés.

Jean-Pierre Elkabbach avait largement la matière pour mener une interview digne de ce nom. Mais probablement que Berlusconi, familier de genre de pratiques avec les journalistes italiens à sa solde (au sens propre du terme) lui a imposé ses conditions avant d’accepter de lui parler, voire peut-être même qu’il lui a écrit les questions à l'avance. Et Elkabbach, trop heureux d’ajouter le grotesque Cavalier à son tableau de chasse, s’est un peu lâchement laissé faire.

Cette explication ne constitue aucunement une excuse, surtout lorsque l’auditeur n’en n’a pas été clairement averti. Pour autant, elle vaut toujours mieux que toutes les autres !