Je ne savais pas encore, à ce moment là, que François Hollande allait, dès le lendemain, et apparemment sans aucun état d’âme, annoncer son intention de demander à la dite Commission européenne un délai supplémentaire pour atteindre les objectifs de 3% de déficit.

Il faut dire que, le Vendredi même, le déficit 2013 avait été annoncé à 4,3% soit au-delà des 4,1% espérés.

Ces mêmes 4,1% ayant eux même succédé pas plus tard qu’en Septembre 2013 aux 3,7% initialement prévus.

Autant dire que cette affaire était de toute façon mal engagée.

Ce qui est pénible dans cette histoire, c’est que cette fin provisoire du fol espoir de passer sous les 3% en 2015 était non seulement largement prévisible mais largement prévue. Sans aucune prétention en la matière, je me vois écrire dès Novembre 2012 qu’on en arriverait là. Pourtant, il y a peu, Moscovici ou Cazeneuve, nous affirmaient encore "La France a une trajectoire de finances publiques qu'elle a présentée à la Commission européenne et elle s'y tient".

Après la courbe du chômage qui devait s’inverser gaillardement avant la fin de l’année…2013, c’est clairement un nouvel échec pour François Hollande. Sauf que celui-là, il ne fait pas perdre une élection. Au contraire, il va permettre à François Hollande ou plus probablement à Montebourg d’entrer dans le jeu de ceux qui accusent l’Europe avec ses exigences iniques de casser la relance par trop de rigueur. L’habituel bouc émissaire, l’Europe !

François Hollande va expliquer aux Français qu’il a compris leur message et qu’il en a tiré la conclusion qu’il ne fallait pas aller trop vite dans la diminution des déficits publics.

Les 3% exigés non pas par la Commission européenne, comme on se complait à le dire, mais par l’ensemble des pays qui ont créés l’Euro, ne sont, certes qu’un chiffre symbolique, mais les symboles sont importants. En l’occurrence, ce symbole il marque la capacité d’un pays à avoir un budget (à peu près) équilibré, c'est-à-dire à ne pas financer ses dépenses de fonctionnement avec de l’argent emprunté. Dette que nous léguerons à nos enfants comme un énorme boulet.

Or manifestement, nous en sommes parfaitement incapables.

La Commission européenne, s’est empressé de nous rappeler que l’échéance des 3 % avait déjà été décalée par deux fois (uniquement ces dernières année, il y a eu précédemment de fâcheux précédents). Et à chaque fois, la France à pris un nouvel engagement, et à chaque fois, elle s’est assise dessus sans complexe.

Cela dit, soyons réalistes, il ne servirait à rien de faire mine de s’accrocher au dernier en date tout le monde sait pertinemment qu’il est hors de portée. Mais le Gouvernement a intérêt à aller voir la Commission européenne avec quelques biscuits dans sa besace. Sinon ce n’est pas la Commission européenne qui va nous punir, ce sont les préteurs de l’argent dont nous avons de plus en plus besoin.

De toute façon il est à craindre que ce report soit d’une part insuffisant (on parle d’1 an) et surtout qu’il serve de nouveau prétexte pour ne pas engager les réformes de fond qu’il faut engager. Déjà, au Pacte de responsabilité, dont personne à ce jour ne sait comment il sera financé, François Hollande vient de rajouter un « pacte de solidarité » à propos duquel la seul chose dont on peut être certains c’est qu’il sera couteux.

L’Europe et l’Euro vont s’en prendre plein la tronche parce que c’est clairement beaucoup plus facile d’accabler les « technocrates de Bruxelles » qui, rappelons le, ne font qu’appliquer la politique définie par les pays européens, que de s’interroger sur l’incapacité de la France à réduire ses déficits et son chômage.

Parce qu’il y a quelque chose que tous ces gens évitent de dire, c’est que l’échec de l’Europe ou de l’Euro, si échec il y a, c’est avant tout l’échec de la France, pourtant un de ses principaux bâtisseurs, à s’adapter au monde qui change. Ses créateurs ne pensaient pas que la France se retrouverait un jour, dans le lot des pays maillon faibles du dispositif. L’Europe et surtout l’Euro ne pouvaient fonctionner que si les principaux pays qui le compose avancent dans le même sens et tendent à se rejoindre. Or le plus gros pays qui a failli à sa tâche, c’est bien la France. D’une certaine manière la France n’a pas été à la hauteur de l’Europe.

Critiquer l’Europe sera très prisé dans les mois à venir, il faut dire qu’il a ce mérite énorme, de nous permettre d'éviter de regarder en face nos propres incohérences.