Dans le cas de François Hollande, on dépasse largement l’habituel clivage Droite-Gauche. Même Sarkozy dont la popularité a été sérieusement mise à mal, n’a pas connu une telle déroute. Contrairement à Hollande, il a toujours bénéficié du soutien d’un noyau dur d’électeurs de droite. Pour Hollande, le pendant n’est pas vrai puisque les électeurs de Gauche l’ont abandonné en rase campagne au point de devenir les plus virulents à son égard.

Malgré tout, on peut se demander ou se trouve réellement la véritable explication de son rejet massif par presque 9 français sur 10 !

Il me semble qu’au-delà de ce que l’on peut objectivement lui reprocher, François Hollande a eu avant tout le tort d’être un socialiste arrivé à la Présidence de la république au plus mauvais moment. A un moment ou la France se retrouve dans l’incapacité durable de générer de la croissance, condition indispensable à la sauvegarde de son train de vie.

Jusqu’à présent, la Gauche était arrivée au pouvoir (Mitterrand ou Jospin) avec un tas de jolis mots comme égalité, générosité, solidarité ou encore justice social à la bouche. Derrière tous ces beaux concepts il fallait évidemment comprendre dépenser, distribuer, attribuer, augmenter, progresser ou encore prélever. Ce fut notamment la retraite à 60 ans, des augmentations massives du SMIC, le RMI, ou encore les 35 heures. Et tout cela à des moments ou la dette de l’Etat et les déficits publics n’étaient l’apanage que de comptables psychorigides et la productivité des entreprises celui des ultralibéraux.

Certes la doctrine y a subis quelques accrocs comme par exemple lorsque Bérégovoy à libéralisé le secteur financier ou quand Lionel Jospin a allégrement privatisé à tout va. Malgré tout, rien de suffisant pour provoquer une remise en question en profondeur des schémas idéologiques d’une grande partie du PS. Schémas que 10 années d’opposition n’ont fait que renforcer.

François Hollande, lui, est arrivé un petit peu par erreur dans un contexte économique devenu tout à fait incompatible avec ces fameux schémas.

Il a vainement essayé de faire impression pendant quelques mois mais rapidement il s’est trouvé condamné à décevoir tous ceux qui ont crus à ses promesses de Socialiste et qui n’ont pas compris qu’elles étaient de toute façon vaines. Pire encore, à vouloir les ménager, il a perdu du temps et loupé le moment optimum pour prendre une série de mesures fortes et nécessairement difficiles, le début de mandat. Au lieu de ça, la seule action que l’on retient de ces 2 ans, ce ne sont que les hausses d’impôts et rien d’autre.

Son changement de cap à rapidement perturbé non seulement au sein du Parti Socialiste mais également au sein de son gouvernement, laissant l’impression d’un joyeux brouhaha qui n’a pu que conforter le sentiment d’une politique incohérente et floue.

A l’arrivée, il se retrouve à avoir déçu la Gauche et tous les autres qui ne comprennent pas ce qui apparait comme une inertie molle.

Pour autant, il y a quelque chose de malsain dans cette unanimité contre un homme et dans les attaques ad hominem dont il fait l’objet. Malsaine cette coalition de circonstance tout à fait hétéroclite réunie uniquement pour accabler quelqu’un dont le seul tort est d’avoir été élu au mauvais moment.

Bien sur, les Socialistes ont mis beaucoup trop de temps à réaliser que le monde avait changé, et ils en payent à plein les conséquences. Et François Hollande porte une lourde responsabilité dans cet échec. Pour autant, les Français jugent encore leurs responsables politiques à l’aulne de critères de l’ancien temps, ceux d’il y a 10 ans. La France est à un tournant de son histoire moderne. Elle doit réorienter son modèle social et économique avant qu’il ne soit trop tard pour avoir le choix. Les Français sentent bien que François Hollande n’est pas l’homme de la situation mais sans pour autant appréhender pleinement cette situation et donc ce qu’ils attendent de lui.

Tout cela les amène à lui faire des critiques souvent excessives et pas toujours fondées.

Hollande est d’une certaine manière la victime expiatoire de tout un pays qui trouve plus simple de s’en prendre à son Président plutôt que de regarder en face ce que signifierait pour lui une France adaptée au monde de demain.