Chaque religion, ou devrais-je dire chaque chapelle au sein d’une religion, érige sa propre représentation de Dieu et de sa supposée parole en un dogme incontestable.

Tant pis si on fait d’une religion une vérité universelle et intemporelle alors qu’elle n’est que le fruit d’une longue histoire faite et écrite au fil des siècles par des hommes dans des contextes politiques, géographiques, culturels, scientifiques bien particuliers.

Tant pis si les religions ont de tous temps été utilisées par ceux qui voulaient imposer leur vision du monde et de leur société à leurs dociles fidèles. Tant pis si la religion s’est plus souvent construite sur la peur, la honte ou la menace que sur l’échange intellectuel, le don de soi, la fraternité ou l’amour de l’autre.

Tant pis si les religions ont de tous temps, été la cause ou le prétexte aux pires ignominies.

Lorsque de surcroit, elle est pratiquée par des gens qui n’ont que très peu d’ouvertures sur l’art et la culture, par des gens qui n’ont comme livre de référence que la Bible ou le Coran à travers des extraits choisis et commentés par d’autres, elle constitue sans nul doute, pour ceux qui y adhèrent, un cadre directif et donc rassurant mais potentiellement dangereux.

« La religion est une forme médiévale de déraison, qui, lorsqu’elle est associée aux armes modernes, devient une réelle menace pour nos libertés » nous dit Salman Rushdie, musulman particulièrement bien placé pour savoir de quoi il parle.

L’Islam de par sa diversité, de par les interprétations multiples qui sont faites de ses textes, de par la ferveur aveugle qui habite beaucoup de ses fidèles, de par les difficultés économiques et politiques que connaissent les pays ou elle est majoritaire, est aujourd’hui la religion qui se prête le plus à la dérive radicale qui de l’intransigeance au dogmatisme puis au fanatisme aboutit au final à la violence.

Certes ces comportements sont minoritaires, très largement minoritaires en Europe mais pas pour autant marginaux dans le monde. Tous les jours cette violence s’exprime sous une forme ou sous une autre, et à des degrés divers, au Niger, au Pakistan, en Irak, en Egypte, au Mali, au Nigéria …et même dans nos banlieues lorsque des jeunes décervelés endoctrinées justifient les assassinats du 7 janvier au nom du prophète.

A tel point que proclamer « Allah est grand » sonne plus comme un cri de guerre que comme un cri d’amour pour son Dieu.
Le pire c’est que ce sont les musulmans les premières victimes de cette violence. Au sein même de l’Islam, tous adorent le même Dieu, tous vénèrent le même prophète mais malgré tout plusieurs « vérités » se confrontent et s’entrechoquent brutalement.

Alors oui, il faut oser le dire tout haut, il y a un problème avec l’Islam tel qu’il est pratiqué, compris, vécu par certains musulmans.

Evidemment, il ne faut pas mettre tous les musulmans dans le même sac et ce n’est pas le sens de mon propos.

Pour autant, aucun musulman ne doit pouvoir s’exonérer de s’interroger sur les raisons qui amènent certains de ses « frères » à commettre des atrocités au nom de leur Dieu. Ce n’est pas aux Athées, aux chrétiens ou aux Juifs de donner des leçons de pratique religieuse à des musulmans. C’est à cette communauté de défendre sa religion contre ceux qui la dénature en une infâme et dangereuse doctrine.

Et il ne suffit pas de répéter inlassablement que l’Islam ce n’est pas ça et que les criminels ne représentent pas l’Islam. Lorsque dans une communauté il y a des moutons noirs, c’est en premier lieu à celle-ci de les neutraliser et de comprendre comment ils en sont arrivés là. Le problème, c’est comme avec toute communauté, le réflexe corporatiste de l’autoprotection. L’un des nôtres mérite une indulgence que l’on refuserait à un infidèle.

Le problème c’est aussi qu’à coté des moutons noirs et une très grosse majorité de blancs (aucun rapport avec la couleur de peau) il y a beaucoup plus que 50 nuances de gris. Ou se situe donc la frontière entre une pratique « acceptable » de l’Islam et celle qui ne l’est plus ?

Tant que les musulmans refuseront d’accepter que leur religion est à penser, à revoir et éventuellement à corriger, ils seront toujours à la merci des plus dogmatiques d’entre eux.

Lorsque comme Salman Rushdie ils en seront à considérer que l’on doit pouvoir « critiquer la religion (quelle qu’elle soit), comme on critique une idée, pouvoir s’en moquer et, pouvoir leur manquer de respect sans crainte », lorsque la notion même de blasphème n’aura plus de sens, ils auront amené l’Islam sur la voie de ce que devrait être une religion, une affaire personnelle et intime entre un homme/une femme et son Dieu.