Comment s’étonner du succès de ce discours, porté par un homme d’allure sympathique et plein de bon sens, alors que les Grecs en bavent depuis 3 ans et que leur triste situation est largement due aux partis traditionnels qui se partagent le pouvoir depuis des décennies.

Le ressort du succès d’Alexis Tsipras est le même que celui de Marine Le Pen (ils réunissent d’ailleurs tous les 2 à peu près 30% des électeurs derrière eux). C’est le sentiment de n’avoir plus rien à perdre et que ça ne peut pas être pire. Et même si la raison leur dit l’inverse, c’est également l’envie de croire qu’il est possible d’améliorer son sort sans effort par le seul pouvoir d’une volonté politique affirmée avec force, conviction et sans concession. Volonté politique qui par un étrange phénomène se transformera en une capacité de persuasion à laquelle l’Europe ne pourra résister.

La victoire électorale de Syriza a provoqué une allégresse quasi orgasmique chez tous ceux que l’on situe traditionnellement à gauche de la Gauche. Ca y est, les Grecs ont signé la fin de l’austérité, le peuple grec s’est soulevé contre le diktat des sinistres fonctionnaires de la Troïka honni. Tsipras va renverser la table en bronze du libéralisme qui écrase les Peuples européens. Le Peuple grec nous a enfin donné raison et vous allez voir que dans un très bel effet de contagion, l’Espagne, la France puis toute l’Europe vont suivre le Peuple grec dans son refus de l’austérité ! Nous avons gagné, vive les Grecs, vive nous !

L’enthousiasme a eu un tel effet dopant que Mélenchon qui avait pourtant décidé de lever le pied, annonce dans la foulée sa volonté de rempiler pour la présidentielle de 2017 !

Pauvres grecs, devenus les héros malgré eux de tout ce que l’Europe compte de populistes anti-européens.

Il faut respecter la décision du peuple grec nous disent-ils. Et le Peuple grec, figurez vous qu’il refuse l’austérité !

Rarement un argument aussi inepte a été repris par avec autant enthousiasme par tant de monde hors de Grèce (même Hollande l’a repris). Et même si le monde en question nous a habitués aux arguments ineptes, il y a quand même des limites à l’ineptie qui là semblent bien gaillardement dépassées.

Et les peuples allemands, français ou Italien, leur a-t-on demandé s’ils acceptaient d’entretenir les grecs à fonds perdus ?

Car n’oublions pas quand même que 70 % de la dette grecque n’est pas entre les mains de vils spéculateurs ou des grandes méchantes banques, mais entre celles des pays européens qui ont généreusement fait le choix d’aider les Grecs à un moment ou ceux-ci ne trouvaient plus de préteurs à des taux décents.

N’oublions pas non plus que depuis que les européens ont repris cette dette, la Grèce bénéficie de conditions plutôt avantageuses. Outre qu’une partie de la dette a été effacée en 2012 (Abandon par les créanciers privés de 50% de leurs créances), elle a été restructurée pour reporter son remboursement aux calendes grecques (2045), ses taux ont été allégés et leur règlement bénéficie d’un moratoire de 10 ans qui signifie que les intérêts ne seront réglés qu’à partir de 2023.

Avec ce traitement de faveur, on est bien loin des conditions auxquelles sont soumis l’Espagne, l’Italie ou le Portugal !

C’est donc tout enivré par sa victoire électorale inespérée et dopé par les félicitations dithyrambiques de sa cohorte étrangère d’admirateurs, que Tsipras à envoyé son ministre de l’Economie de combat, Yanis Varoufakis, faire entendre raison à ses partenaires européens mais néanmoins créanciers.

Hélas pour eux et pour leurs adulateurs, mais comme on pouvait néanmoins s’en douter, les promesses de Syriza se heurtent à quelques difficultés de réalisation.

Assez étonnamment, les créanciers de la Grèce se montrent peu enclins à faire une croix sur plusieurs dizaines de milliards d’euros. Ils se montrent d’autant moins enclins que les Grecs se refusent de promettre quoi que ce soit en échange et semblent réclamer ces subsides comme un dû.

En clair, on peut dire que les européens ne souhaitent pas continuer à financer la Grèce sans conditions, à plus forte raison pour contribuer au financement d’un programme d’augmentation des salaires, d’embauche dans la fonction publique et de baisse des impôts.

Pourtant, et même s’il est normal de s’interroger sur l’efficacité de ces contreparties, il n’y a rien de scandaleux à vouloir, sinon obtenir la garantie, au moins limiter le risque que l’argent versé ne tombe dans un gouffre sans fond de type tonneau des Danaïdes.

A la fin, personne ne doute qu’un accord sera trouvé, mais quel qu’il soit, il ne pourra que décevoir tous ceux qui auront cru aux rodomontades de Tsipras.

Tsipras ne pourra pas assumer toutes ses folles promesses mais gageons qu’il n’en mangera pas pour autant son chapeau mais qu’il le fera porter à l’incompréhensible manque de lucidité d’une Europe à la botte d’une Allemagne psychorigide, bouc émissaire facile des malheurs grecs depuis 5 ans.

Pour les Grecs, la désillusion sera à la hauteur de leur enthousiasme postélectoral au risque qu’ils tombent alors dans la surenchère en se réfugiant dans un nationalisme exacerbé pleins de boucs émissaires, dont le meilleur porte-parole en est le parti fascisant Aube Dorée.

La démagogie se fracasse toujours sur la réalité et à chaque fois, c’est la démocratie qui en prend un coup !

Il avait raison Aristote, la démagogie est bien la perversion de la démocratie.