De manière tout aussi étonnante, le Peuple a dit qu’il préférait que les créanciers de la Grèce (vous et moi) fassent une croix sur une partie conséquente de leur dette et qu’ils leur prêtent, sans trop d’espoir de se voir rembourser, l’argent nécessaire pour que la Grèce puisse faire face à ses engagements… et qu’en échange il refusait toute contrepartie !...stupéfiant !

Plus surprenant encore, le Peuple veut bien qu’on lui donne de l’argent mais ne veut surtout pas sortir de l’Euro dans lequel il est pourtant rentré par effraction !

Et comme on a laissé croire au Peuple qu’il n’y avait aucune contradiction dans tout cela, eh bien le Peuple il n’avait aucune raisons de se priver, il aurait été bien stupide de voter Oui aux diktats infâmes de ses préteurs. Et le Peuple, il est tout sauf stupide puisqu’il est souverain !
Décidément, Il avait bien raison Aristote, la démagogie est bien la perversion de la démocratie.

Mais le Peuple ne va pas tarder à déchanter.

Ce n’est pas en faisant un doigt d’honneur à ses créanciers, en les traitants comme des salopards responsables de toutes les misères du pays, qu’il va les mettre dans de meilleures dispositions.

D’autant que ses créanciers ont déjà été bien exaspérés par le comportement de ses dirigeants.

Depuis le début, l’attitude de Tsipras et Varoufakis a été extrêmement claire. Pousser le bouchon le plus loin possible.

Persuadés que les européens ne prendraient pas le risque d’un Grexit, ils ont refusé tout compromis. Et ils l’ont fait avec beaucoup d’habilité en faisant de fausses concessions inacceptables pour les européens et en laissant croire que ceux-ci ne cherchaient qu’à les étrangler et à humilier le Peuple Grec !

Cette stratégie a d’autant mieux fonctionné qu’elle a été relayée par les habituels anti-européens de droite extrême comme d’extrême gauche. Il faut avouer également qu’elle a bien bénéficié de l’attitude ouvertement psychorigide de l’Allemagne.

Le référendum était l’aboutissement logique de cette stratégie. Voyant que les européens ne cédaient pas à leur chantage, ils ont optés pour l’arme atomique de nos démocraties, l’appel au Peuple. Un Peuple auquel on ne cesse de répéter qu’il est la victime non pas d’un endettement excessif, d’une société à bien des égards archaïque et d’une économie inadaptée, mais de tous ceux qui ont accepté de lui prêter de l’argent pour vivre voire pour survivre.

Tout le monde sait que la Grèce ne remboursera jamais sa dette dans son intégralité. Le bon sens voudrait qu’on en finisse une bonne fois pour toute et que l’on efface avec panache et générosité l’essentiel des créances que les européens détiennent vis-à-vis de ce pays.

Mais outre que beaucoup d’efforts ont déjà été fait en la matière*, comment imaginer que les européens acceptent d’aider, à un tel niveau, un pays qui crache sur ses créanciers et qui ne donne pas le sentiment de vouloir faire les réformes nécessaires pour se redresser. Or, non seulement ses dirigeants ne donnent pas cette impression mais ils se sont fait élire sur un programme complètement opposé.

Ainsi, au lieu de tout faire pour inspirer une confiance largement écornée par leurs discours de campagne et d’aborder les discussions dans un état d’esprit de coopération, par leur attitude hypocrite et radicale, Tsipras et Varoufakis ont forcé les pays européens à s’enfermer dans un piège dont personne ne sortira indemne et certainement pas le Peuple Grec !






  • Une partie de la dette a été effacée en 2012 (Abandon par les créanciers privés de 50% de leurs créances), elle a été restructurée pour reporter son remboursement aux calendes grecques (2045), ses taux ont été allégés et leur règlement bénéficie d’un moratoire de 10 ans qui signifie que les intérêts ne seront réglés qu’à partir de 2023.