Ainsi, au lieu d’utiliser la période post-élection dont chacun sait qu’elle est la plus, voire la seule, propice à des réformes « difficiles », il n’a fait que bricoler quelques vieilles recettes de gauche, histoire probablement de rassurer son électorat et de ne pas se dédire trop vite.
Tout cela était de toute façon parfaitement prévisible. Le PS n’était pas prêt à gouverner. Hollande, même en avance sur beaucoup de ses pairs partait de trop loin pour pouvoir être efficace d’entrée de jeu.

Il lui a fallu plusieurs mois d’errance, pour prendre conscience que la réalité économique du pays ne pouvait s’accommoder de ses belles mais insensées promesses de campagnes ou du contreproductif dirigisme étatique d’un Montebourg.

Ce fut le CICE puis le Pacte de responsabilité, qui marquèrent enfin une rupture nette avec l’idéologie socialiste mais également avec une partie du « Peuple de Gauche » et de ses représentants les plus psychorigides.

L’initiative a été tardive, laborieuse à mettre en place et probablement incomplète mais néanmoins importante par ce qu’elle représente. Enfin, on se préoccupe de l’offre et non plus uniquement de la demande. Enfin on comprend que l’emploi est créé par les entreprises et uniquement si elles en ont les moyens.

La Loi Macron s’est inscrite dans cette même tendance, assouplir, libérer d’aucun diront libéraliser. Mais là aussi, faute de réelles convictions partagées par toute la majorité voire même par tout l’exécutif, la loi Macron a fait couler beaucoup d’encre et d’invectives mais en définitive ne modifie qu’à la marge le droit social français.

La montagne a accouché d’une souris.

La Loi Travail, dernier avatar du mouvement est bien partie pour suivre le même chemin, voire pire, la souris sera sans nul doute famélique.

François Hollande paye l’incapacité du PS, pendant ses 10 ans dans l’opposition, à faire évoluer sa doctrine pour l’adapter à la réalité du Monde. Il était presque fatalement destiné à décevoir ses électeurs.

Elu sans passion par beaucoup, il a, d’un côté, déçu ceux qui attendaient des actes forts pour redresser la France et de l’autre tous ceux qui baignant dans la douce illusion qu’un Etat dirigé par un Socialiste allait les sauvegarder de toutes les misères de la dure vie moderne. Tout cela au sein d'une sorte de douillet cocon ou il n’y aurait plus de pauvres ni surtout de riches et ou les entreprises embaucheraient frénétiquement en CDI des salariés très bien payés.

Le résultat ne s’est pas fait attendre. Ses atermoiements de début de mandat l’ont définitivement écarté de ceux qui ont voté pour lui sans enthousiasme et chaque mesure s’écartant de la doxa gauchisante a contribué à lui mettre à dos un morceau supplémentaire du « Peuple de Gauche ».

Il est probable que l’on ne retienne pas grand-chose de ce quinquennat si on excepte l’élargissement du mariage aux homosexuels, la COP21 et bien sur les dramatiques évènements terroristes.

A contrario, sur le plan économique, rien de fameux. La situation financière de la France ne se sera pas améliorée, sa dette aura continué à croitre jusqu’à flirter avec le seuil symbolique des 100% du PIB et le déficit public de 2015 s’établi à plus de 77 milliards d'euros. Et tout cela malgré la baisse des taux d’intérêts !

Quant au chômage, tout le monde connait la situation et même si une légère amélioration est attendue sur 2016, François Hollande laissera une situation pire que celle qu’il a récupérée.

Evidemment tout cela ne peut pas lui être imputé, ce serait injuste, mais à l’inverse, peu de choses pourront être mises à son actif.

Le quinquennat Hollande n’aura pas pour autant été inutile ne serait-ce que par les impacts collatéraux qu’il va laisser derrière lui :

  • La démonstration, pour ceux qui en douteraient encore, qu’être dans l’opposition (systématique) est toujours plus facile que gouverner. Et surtout, qu’il faut toujours se méfier des solutions évidentes, simples et efficaces lorsqu’elles émanent de personnes qui de toute façon ne sont ni les payeurs ni les responsables des conséquences d’une décision.
  • La démonstration qu’une Gauche, pourtant pleine de bonnes intentions et de bons sentiments, ne sait pas nécessairement faire mieux que la Droite, et n’améliore pas pour autant la vie des « petits gens » d’un claquement de doigts comme elle l’a laissé trop longtemps entendre.
  • La rupture à gauche entre les irréductibles gardiens du dogme et les sociaux-démocrates affirmés qui va au moins forcer le PS à clarifier sa ligne idéologique.
  • L’avènement de mouvements qui se démarquent à la fois de la Droite et de la Gauche qui, s’ils ne se contentent pas de rester dans la contestation facile et/ou un idéalisme béat pourraient donner un bon coup de jeune à la politique française.
  • Dans cette même idée, l’avènement d’un personnage comme Emmanuel Macron dont la présence dans un gouvernement socialiste aurait été inimaginable il y a encore 5 ans peut contribuer à ce renouveau.
  • Un passage salutaire de la Droite dans l’opposition qui doit lui laisser le temps de réfléchir à un projet économique, politique et sociétal digne de ce nom.
  • Une prise de conscience de plus en plus généralisée des failles de notre système politique et notamment des blocages qu’il crée et de notre incapacité à trouver des consensus sur des sujets importants.
  • La prise de conscience des politiques qu’il n’est plus possible de promettre tout et n’importe quoi pour être élu sous peine de se le prendre violemment en pleine figure.
  • Et, malheureusement, le renforcement dans beaucoup d’esprits du sentiment que ni la Droite, ni la gauche n’ayant prouvé leur capacité à gérer le pays, qu’il n’y a donc plus qu’une troisième voie possible, celle des extrêmes.

Faute d'avoir marqué les esprits, ce quinquennat devrait, espérons-le, marquer l'entrée même prudente dans une nouvelle ère politique ou on ne pourrait plus gouverner la France comme avant.