Ce qui est également extraordinaire, c’est cette incapacité qu’ont les citoyens à aller plus loin que la surface des choses. Cette incapacité à utiliser à la fois le cœur et la raison pour juger un(e) candidat(e) et ses propositions. Ou dit autrement, cette capacité à fermer les yeux et l’esprit pour ne pas voir ou croire ce que l’on n’a pas envie de voir ou croire. On préfère choisir un candidat qui nous vend du rêve même s’il ne dit rien de sérieux sur la manière de le réaliser.

On cherche le candidat idéal, le magicien, qui va réussir là où tout le monde à échoué, sans penser que du magicien à l’illusionniste il n’y a pas loin !

A choisir sur les seuls critères émotionnels, on s’expose à coup sûr à de grosses déceptions.

Cette élection présidentielle semble marquer une apothéose en la matière.

Comment, sinon, expliquer que plus de 50 % des français annoncent leur intention de voter pour un candidat dont le projet à la si belle apparence, n’est bâti que sur du vent et un programme économique parfaitement incohérent sinon dangereux.

Comment expliquer que tant de citoyens se laissent abuser par une méthode pourtant parfaitement connue depuis que le populisme existe.

On s’appuie sur une indignation souvent justifiée pour entretenir une critique systématique et sans nuance du « Système », terme suffisamment vague pour que chacun puisse y mettre tout ce qu’il rejette. Sur cette base, on proclame de belles idées présentées comme des évidences, sous le mode « les solutions sont pourtant à portée de main, si elles ne sont pas mises en œuvre c’est qu’elles dérangent les intérêts des puissants ».

On profite de ces indignations pour nourrir les esprits de pseudo-solutions nécessairement bonnes puisque le « Système » les rejette. Ainsi, à partir d’un constat largement excessif, sans nuances et donc en grande partie injuste, « Ils ont tous faillis », on tente de crédibiliser n’importe quelle alternative, aussi incohérente soit-elle.

Pire encore, on abuse des bons sentiments de beaucoup de citoyens qui n’ont pas nécessairement les clés pour se déterminer sur des sujets économiques complexes, pour les amener dans des politiques qui ont faillis partout ailleurs.

Enfin, summum de l’habilité, on fait croire à ces même citoyens, que ce sont leurs choix que l’on ne fait que traduire scrupuleusement en bon et modeste porte-parole.

Disons-le une bonne fois pour toute, le candidat magicien n’existe pas, les solutions simples et sans douleur n’existent pas, et méfions-nous de ceux qui veulent faire table rase de l’existant pour le remplacer, dans un grand soir merveilleux, par un nouveau monde radieux et populaire. Ceux-là ne cherchent qu’à nous imposer leur vision manichéenne et simplifiée de la société et de notre monde, ceux-là ne sont que des bonimenteurs.

Toute ressemblance avec des candidats en lice n’est évidemment pas du tout fortuite.