D’autant plus difficile à imaginer que plus de 40% des électeurs sont sur une ligne politique extrême. Ceux-là ont comme caractéristique commune d’être ancrés dans leurs certitudes, d’être dans une fidélité aveugle dans leur représentant et de marquer un rejet fort de tous ceux qui n’ont pas les mêmes opinions.

Les récentes manifestations de lycéens avec leurs slogans « Ni patrie, ni patron, on nique les élections » ou « Macron, Le Pen, la finance ou la haine » sont symptomatiques de cette radicalisation des opinions.

La mise sur le même plan de Le Pen et de Macron dans une même récusation brutale, va au-delà de l’habituel rejet viscéral de l’extrême droite puisqu’elle va jusqu’à contester violemment un résultat électoral. Mon champion n’est pas au second tour, je conteste donc la légitimité de celui ou de celle qui sera élu(e).

Sans même juger le fond de l’argumentation qui ne fait que traduire la vulnérabilité de ces jeunes face aux démago-populistes qui les manipulent en leur faisant croire qu’ils sont les derniers défenseurs d’un Peuple martyrisé, ce refus du choix des urnes révèle des fractures fortes dans notre société. On en arrive à une situation où, quel que soit le nouveau président de la République, il démarrera son quinquennat avec 75% des électeurs qui au mieux le considère avec suspicion et au pire avec une aversion affirmée. Et ce constat fonctionne quel qu’eut été l’heureux élu parmi les 4 plus importants prétendants.

Fillon se serait fait harceler en permanence à coup de bruyantes casseroles et se ferait fait renvoyer à la figure l’emploi fictif de sa femme à la moindre mesure impopulaire.

Mélenchon est tellement clivant tant par sa personnalité que par son programme, qu’il se serait pris, en permanence, son agressivité dans la tronche tel un boomerang.

Le Pen subirait exactement le même sort avec, en plus, à affronter les hordes déchainées « d’anti-fascistes ».

Quand à Macron, dont le programme est pourtant potentiellement le plus fédérateur, il serait confronté à tous ceux qui lui reprochent en vrac d’être un ancien banquier, d’être pro-européen et de ne pas rejeter la mondialisation mais de vouloir que la France y trouve sa place. Sans compter ceux qui en font le successeur de Hollande. Et ça fait hélas beaucoup de monde.

Cet état d’esprit de guerre civile est largement entretenu par les professionnels de la contestation et de l’indignation tout azimut qui n’imaginent la politique que comme un combat non pas d’idées mais d’idéologies, mettant face à face les bons contre les méchants, les corrompus contre les intègres, les solidaires contre les égoïstes ou les nantis contre les « plus démunis ».

Les débats deviennent inutiles tant chacun est ancré dans ses confortables certitudes souvent basées sur des slogans vides, des contre-vérités quelques fois calomnieuses et une ignorance crasse des mécanismes économiques, sociologiques et politiques.

Certes les lycéens qui manifestent ne sont qu’une poignée mais cette violence et ce dogmatisme ont le trouve largement répandu sur les réseaux sociaux et bien au-delà.

Même si les périodes électorales se prêtent aux excès, on ne peut pas, comme l’affirment violemment ces jeunes décérébrés, niquer les élections. On ne peut pas tout remettre en cause et rejeter violemment l’alternative choisie démocratiquement par les citoyens sous prétexte que ce n’est pas notre choix.

Notre système démocratique a ses défauts, il peut certainement être amélioré, mais on ne peut pas remettre en cause la légitimité de celui ou de celle qui aura été désigné par les citoyens pour prendre les décisions au nom de la collectivité. La démocratie suppose le respect du choix de la majorité (même relative). Or, sous une forme ou sous une autre c’est bien ce que contestent beaucoup poussés en cela par des politiques irresponsables qui n’ont pas arrêté de leur expliquer qu’il fallait tout balayer sans nuance et sans tarder.

Il est vraiment à craindre que ces apprentis sorciers aient libéré une vague de violence et de ressentiments qui sera difficile à endiguer.

Le prochain Président de la République sera nécessairement mal élu, il sera confronté dès le début de son mandat à toutes sortes de critiques, de railleries et de suspicions, et sans majorité franche pour le soutenir, il fort probable qu’il ne puisse que décevoir.

Quel qu’il soit, on ne peut s’en réjouir, car de ces situations ne peuvent sortir qu’un régime autoritaire ou populiste.