Or, pour ceux qui (très, très) naïvement en entendant parler de cagnotte s’imagineraient que l’Etat a gagné de l’argent en 2017 ou plus précisément que les recettes ont été supérieures aux dépenses, précisons qu’il ne s’agit que d’un surplus de recette par rapport à ce qui était anticipé, et que malgré cela, le déficit de l’Etat a atteint la coquette somme de 67,8 milliards d’euros.

Pour donner un point de repère à ceux qui se perdent dans tous ces milliards, cela correspond grosso-modo au budget de la Défense + le budget de la Justice + le budget de la Culture + la Police et la Gendarmerie !

La pseudo cagnotte ne correspond en fait qu’à la différence entre ce qui était anticipé par le Gouvernement de Hollande et ce qui a été réellement constaté. Et tout cela grâce à une croissance (1,9%- 2%) supérieure à celle anticipée lors de la préparation du Budget (1,7%).

Pour dire les choses autrement, les quelques milliards qui constituent cette « cagnotte » sont des milliards empruntés.

Est-ce qu’il viendrait à l’idée de qui que ce soit, déjà endetté jusqu’au cou, de contracter un prêt auprès de sa banque et d’en sortir en brandissant fièrement ses sous et en clamant « regardez la belle cagnotte que j’ai là » !

Pour repréciser encore un peu plus le contexte et bien faire comprendre en quoi il est absurde de parler de cagnotte, il n’est pas inutile de rappeler que la dette publique a atteint, en 2017, 2 226 milliards d’euros soit 96,8 % du PIB de la France.

Ajoutons également que la charge de la dette devrait couter à la France 41,2 milliards d’euros en 2018 (à un poil près l’équivalent du budget de la Défense) et ce malgré un contexte extrêmement favorable de taux très bas. Enfin, rappelons que pour 2018, l’Agence France Trésor a chiffré son besoin de financement à 185 milliards d’euros, plaçant la France comme le deuxième plus important demandeur de capitaux en Europe, après l’Italie.

De toute façon, imaginons un instant que c’eut été l’inverse !

Imaginons que les recettes eut été plus faibles qu’espérées du fait d’une croissance elle-même plus faible qu’attendue !

Les mêmes qui réclament que l’Etat distribue cette manne inespérée auraient-ils réclamé que l’on rogne dans les dépenses pour retomber sur le budget initial ?...hors de question évidemment !

Cette histoire ça ne va que dans un sens. Les recettes sont plus élevées qu’attendu, on augmente le déficit d’autant, par contre si elles sont plus faibles, on ne réduit pas le déficit !...pas très cohérent tout cela !

D’autant moins cohérent que, la dernière fois que cela a été fait (Jospin sous la pression d’une opposition menée par Chirac), la « cagnotte » a été convertie en allégements fiscaux et dépenses supplémentaires pour la plupart reconductibles. En clair, non seulement on entretien un déficit exorbitant, mais, en plus, on plombe encore un peu plus les budgets à venir comme si les conditions favorables d’une année pouvaient préjuger des conditions à venir !

Donc, pitié, extirpons de notre vocabulaire collectif cette ridicule « cagnotte » qui lorsqu’elle concerne le budget de l’Etat français, n’a hélas aucun sens et n’est malheureusement pas près d’en avoir.